L’éditorial du 31 août 2022

« WINTER IS COMING » ?

Au cœur des inquiétudes à l’approche de l’hiver, la problématique énergétique s’amplifie tant au regard des prix que d’une potentielle pénurie, dans un contexte où la probabilité d’une récession est déjà dressée. En parallèle, la nécessité de lutter contre une inflation qui se fait de plus en plus galopante reste le point d’attention des banquiers centraux. Instables, les marchés clôturent la période estivale déboussolés.

La problématique de l’énergie n’en finit plus d’être un casse-tête en Europe. Malgré un potentiel accord sur le nucléaire iranien, les craintes sur la demande ont pesé sur le cours du pétrole et menacent davantage encore la facture énergétique de l’hiver. Le coût que constitue cette hausse des prix est d’autant plus menaçant que les économies européennes ont eu tendance à renforcer le rôle du gaz au sein de leur mix énergétique. Accentuant les pressions inflationnistes, le combat énergétique risque de mettre le pouvoir d’achat des ménages à rude épreuve. En France, l’instauration du bouclier tarifaire a jusqu’à présent permis d’amortir le choc mais l’enjeu réside désormais dans son maintien au cours de l’année 2023. A l’inverse, l’Allemagne a pris le parti des producteurs énergétiques en annonçant que les hausses de prix seraient partiellement supportées par les foyers allemands. Compte tenu du coût croissant des importations d’énergie en Europe et dans un contexte de conflit russo-ukrainien qui perdure, la balance commerciale de la zone euro a connu une nette détérioration, pesant ainsi sur la monnaie européenne jusqu’à l’amener à un niveau inférieur à la parité avec le billet vert.

Le symposium de Jackson Hole aura quant à lui chamboulé la dynamique de début de mois des investisseurs. Malgré les signaux mitigés envoyés par les statistiques américaines, l’excès d’inflation a vraisemblablement conduit la Réserve Fédérale à maintenir une politique restrictive et ne pas changer de cap, contrairement aux attentes de certains investisseurs. Confirmant une rentrée toujours sous le signe d’une hausse des taux, Jerome Powell a déclaré que la lutte contre l’inflation sera « douloureuse », conduisant probablement à un ralentissement de la croissance, et justifiant par ailleurs qu’une hausse des prix hors de contrôle aurait des conséquences bien plus dommageables. De surcroît, plusieurs gouverneurs de la Fed se sont montrés confiants quant à la capacité de l’institution à réduire la taille de son bilan, cela sans trop fragiliser les marchés obligataires. Notons que cette réduction sera progressive du fait de la faible disponibilité actuelle des obligations arrivant à échéance. Jugé très hawkish, le message du président de la Fed a dans ce contexte soutenu la vigueur du dollar. En parallèle, les publications des données d’inflation du mois de juillet ont confirmé un ralentissement de la hausse des prix, hors énergie et alimentation, mais ont, dans ce contexte, été reléguées au second plan.

En Chine, malgré les nouvelles salves de mesures de soutien à l’économie, le doute subsiste quant à l’ampleur de la reprise du fait de la politique de « stop and go » mise en place par les autorités chinoises. Toutefois, malgré la fermeté de cette politique, un nouveau rebond des contaminations est constaté dans plusieurs grandes villes. A cela viennent s’ajouter le rationnement de l’électricité ainsi que la crise immobilière qui persiste malgré l’intervention du gouvernement. Le 20ème Congrès du Parti communiste du mois d’octobre est ainsi particulièrement attendu, notamment pour la présentation du plan quinquennal de Xi Jinping qui souhaite se présenter de nouveau dans le cadre d’un troisième mandat présidentiel. A l’inverse, l’économie japonaise se redresse peu à peu suite au rebond de la demande domestique portée par la levée des contraintes sanitaires. Même si l’allègement récent des restrictions sanitaires chinoises devrait permettre aux chaînes de production de connaître un retour à la normale, la situation reste menacée par la potentielle ampleur du rebond des contaminations en Chine.

Sur fond de risques énergétiques, les Etats abordent la rentrée avec l’objectif de préparer une réponse achevée aux problématiques de prix et d’approvisionnement pour l’hiver, dans un contexte où les banques centrales continuent de mettre en oeuvre des politiques relativement restrictives. Nous profiterons des séances de recul marqué afin de graduellement rééquilibrer nos expositions aux marchés actions. Nous restons toutefois prudents et prêterons une attention particulière à la sensibilité aux taux des entreprises étudiées. Nous continuerons naturellement de privilégier les sociétés ayant une forte visibilité sur leurs activités face à des perspectives tourmentées.

L’équipe de Gestion