Edito

Le mois d'août, entre résilience des bénéfices et fermeté retrouvée des banques centrales

Août aura offert un contraste rare entre la solidité des entreprises et la fragilité de l’équilibre macro-économique. Les indices actions ont été soutenus cet été par une saison de résultats particulièrement solide et par d’importantes révisions à la hausse des attentes. Aux États-Unis, les bénéfices du S&P 500 ont progressé de plus de 50 % sur un an, portés notamment par l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs. En Europe, ceux du STOXX 600 ont augmenté d’environ 24 %, contre 14,5 % anticipés début juillet. Près de 60 % des entreprises ont dépassé les prévisions de bénéfices et près de 70 % les attentes de chiffre d’affaires. Cette dynamique explique l’essentiel de la performance du mois, dans un environnement où les moteurs macroéconomiques traditionnels jouaient plutôt en sens inverse.

Le contexte macroéconomique apparaît en revanche plus contrasté. Le ralentissement de l’emploi et la légère décélération de l’inflation aux États-Unis avaient d’abord favorisé une détente des anticipations monétaires. La destruction nette de postes constatée en juillet, doublée de révisions à la baisse substantielles sur les deux mois précédents, avait conduit les investisseurs à écarter l’hypothèse d’un resserrement en septembre. Mais le discours très ferme de Kevin Warsh à Jackson Hole a rapidement inversé ce mouvement, renforçant la probabilité d’une hausse des taux dès septembre. Le président de la Réserve fédérale a explicitement jugé que les bonnes surprises d’inflation de l’été ne traduisaient pas d’amélioration significative des tendances sous-jacentes, réaffirmant la cible de 2 % comme objectif ferme et non négociable. Dans le même temps, les tensions avec l’Iran maintiennent le Brent autour de 90 dollars et alimentent le risque d’une inflation énergétique plus persistante.

L’Europe se trouve confrontée à la même équation, avec un décalage de calendrier. L’inflation de la zone euro est remontée à 3,3 % en août, son plus haut niveau de l’année, sous l’effet quasi exclusif de l’énergie, dont la contribution s’est fortement accélérée. La composante sous-jacente est en revanche restée contenue et l’inflation des services a même reflué, ce qui nourrit un débat désormais ouvert au sein du Conseil des gouverneurs entre la nécessité de répondre au choc importé et le risque de peser sur une demande domestique encore fragile. Le marché a néanmoins tranché : un relèvement de vingt-cinq points de base lors de la réunion de septembre est désormais intégralement anticipé.

Les déficits publics et l’augmentation des besoins de financement exercent également une pression sur les marchés obligataires. Le taux américain à 30 ans a ainsi dépassé 5,3 %, son plus haut niveau depuis près de vingt ans. Les mesures annoncées par le Trésor américain pour contenir cette hausse ont suscité de nouvelles interrogations, favorisant l’or et pesant sur le dollar. Le doublement des rachats de titres longs, annoncé le 19 août, a produit une détente immédiate mais éphémère : les rendements sont revenus dès le lendemain sur leurs niveaux antérieurs, signe que le marché lit ce dispositif comme un amortisseur de liquidité plutôt que comme une réponse au déséquilibre de fond entre l’offre de dette et la capacité d’absorption des investisseurs. C’est précisément cette lecture qui a alimenté le regain d’intérêt pour les actifs de couverture. Les États-Unis et le Japon étaient par ailleurs intervenus conjointement pour soutenir le yen, une opération sans précédent depuis 1998 dont les effets ont continué de se dissiper au fil du mois.

Cette configuration explique une hiérarchie de performances singulière. Les actifs réels et les valeurs liées à l’énergie ont dominé, dans le prolongement direct de la prime de risque géopolitique et du questionnement sur la soutenabilité budgétaire. Les grandes valeurs technologiques se sont redressées après la correction de juillet, l’écart entre indices équipondérés et pondérés par les capitalisations se refermant partiellement. La volatilité est restée mesurée, ce qui mérite d’être noté dans ce contexte.

À retenir : la croissance des bénéfices demeure un soutien important pour les marchés actions. La trajectoire des taux est fortement dépendante de la géopolitique, clé des prix de l’énergie, des anticipations de politique monétaire et des tensions obligataires. Ces facteurs sont désormais très corrélés, ce qui limite la portée d’une diversification purement géographique ou sectorielle.