Un mois marqué par la résilience des actifs
Le mois d’avril s’est inscrit en rupture brutale avec la dynamique du trimestre précédent. Après la déstabilisation provoquée en mars par le déclenchement du conflit américano-iranien et la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, les marchés ont enchaîné l’un des rebonds mensuels les plus puissants depuis 2020. Cette reprise ne traduit pas un apaisement complet de l’environnement géopolitique, qui demeure à haut risque, mais la combinaison de trois facteurs convergents : la résilience des publications économiques américaines, une saison de résultats trimestriels d’une ampleur inattendue, et l’espoir d’une résolution négociée au Moyen-Orient
Aux États-Unis, l’estimation préliminaire du PIB du premier trimestre est ressortie à 2,0 %, en deçà des 2,3 % attendus mais marquant un net rebond par rapport aux 0,5 % du quatrième trimestre 2025. Le marché du travail a continué de surprendre positivement, avec 178 000 créations d’emplois pour le dernier reporting et un taux de chômage abaissé à 4,3 %. L’inflation, en revanche, s’est sensiblement raffermie : l’indice des prix progresse désormais à 3,3 % en glissement annuel, soit la plus forte hausse mensuelle depuis avril 2021, et le core PCE s’établit à 3,2 %, traduisant la diffusion progressive du choc énergétique. Dans ce contexte, la Réserve fédérale a maintenu ses taux directeurs dans la fourchette 3,50 %-3,75 % à l’occasion du dernier FOMC présidé par Jerome Powell. Les anticipations implicites de marché ont profondément basculé : aucune baisse de taux n’est désormais attendue avant mi-2027. La nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Fed, validée le 29 avril en commission bancaire par un vote partisan de 13 contre 11, ouvre une nouvelle séquence pour la conduite de la politique monétaire
En Europe, la dynamique a été plus mesurée mais le rebond reste significatif. La Banque centrale européenne a maintenu son taux de dépôt à 2 % pour la troisième réunion consécutive, tout en signalant explicitement la possibilité d’un resserrement dès juin. La croissance du premier trimestre est ressortie en retrait. Le moral des chefs d’entreprise reste néanmoins correctement orienté selon l’enquête mensuelle de la Banque de France, qui a observé une production manufacturière en raffermissement malgré le contexte. La saison des résultats a été contrastée. L’écart de performance entre grandes et petites capitalisations s’est resserré, les marchés européens bénéficiant d’un effet de rattrapage relatif et d’une décote de valorisation plus marquée qu’outre-Atlantique.
La Chine a livré un message rassurant. La croissance du premier trimestre s’est établie à 5 %, au-dessus des 4,8 % anticipés et de la séquence de 4,5 % du quatrième trimestre 2025. La production industrielle a ralenti moins qu’attendu à 5,7 % en mars, mais la balance commerciale a fortement reculé, les exportations subissant l’impact des nouvelles tensions tarifaires américaines, dont la hausse projetée des droits sur les automobiles européennes de 15 % à 25 % constitue le dernier épisode. Les marchés émergents, particulièrement éprouvés en mars, ont participé au rebond mais de manière sélective, l’environnement de taux longs élevés et de dollar ferme limitant l’amplitude du recouvrement.
Sur les marchés de taux, la dynamique a été dominée par la révision des anticipations monétaires. Le rendement à dix ans américain a oscillé entre 4,31 % et 4,45 %, refermant le mois autour de 4,38 %, les courbes restant plates malgré la remontée des anticipations d’inflation. Le dollar a évolué dans une fourchette resserrée, l’EUR/USD se maintenant autour de 1,18, le différentiel de croissance et l’évolution du risque géopolitique se neutralisant pour partie. L’or, après son sommet historique de 5 595 dollars l’once en janvier, a poursuivi sa consolidation. Le pétrole est resté la variable la plus instable. Le maintien de tensions élevées dans le détroit d’Ormuz et l’extension dans la durée du conflit continue de soutenir une prime de risque énergétique structurelle.
Sur les marchés actions, le mouvement de rebond a obéi à des logiques de style très lisibles. Le segment growth a très nettement surperformé le value, tiré par la lecture positive donnée aux annonces des grands acteurs du cloud. Selon FactSet, 84 % des sociétés du S&P 500 ayant publié battaient les anticipations bénéficiaires et 81 % les anticipations de chiffre d’affaires, deux taux au plus haut depuis mi-2021. La concentration sectorielle reste un trait structurel du marché américain, le secteur technologique ayant contribué à neuf des dix plus fortes hausses individuelles du S&P 500 sur le mois. La volatilité a fortement reflué, le VIX revenant en zone basse après avoir franchi le seuil de 30 en mars.
Le mois d’avril a confirmé la capacité des marchés à digérer rapidement un choc géopolitique, mais ne doit pas masquer les déséquilibres en formation. Pour les prochains mois, l’enjeu central restera la trajectoire du conflit iranien, le positionnement effectif de la BCE en juin, et la capacité de l’économie américaine à absorber le choc d’inflation sans dégradation tangible des marges des entreprises.

