Un mois à deux vitesses
Le mois de juin a été dominé par l’aggravation du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, et par ses répercussions sur les marchés de l’énergie. La menace pesant sur le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, a provoqué une hausse des cours en première quinzaine. Un accord de cessez-le-feu et la réouverture progressive du détroit ont ensuite entraîné un reflux des prix en fin de mois.
Le 11 juin, la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, avec effet au 17 juin : le taux de dépôt est porté à 2,25 %, le taux de refinancement à 2,40 % et le prêt marginal à 2,65 %. Il s’agit de la première hausse depuis 2023. L’inflation de la zone euro a atteint 3,2 % en mai, son plus haut niveau depuis 2023, et l’inflation sous-jacente s’est établie à 2,5 %. Les projections de la BCE ont été révisées : l’inflation totale est désormais attendue en moyenne à 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028. La croissance a été abaissée à 0,8 % en 2026 et 1,2 % en 2027. L’activité de la zone euro s’était contractée au premier trimestre.
La BCE a indiqué qu’elle ne s’engageait pas à l’avance sur une trajectoire de taux et qu’elle déciderait réunion par réunion, en fonction des données. Christine Lagarde a écarté la qualification de « hausse d’assurance » et déclaré que la décision était robuste face à une gamme de scénarios.
En Europe, après la volatilité de la première quinzaine, les indices se sont redressés en fin de mois. Le Stoxx 600 a inscrit plusieurs hausses hebdomadaires consécutives et atteint un plus haut de 52 semaines début juillet. Les secteurs défensifs, dont les services aux collectivités, ont été recherchés. La dispersion entre les places est restée présente : l’Allemagne, à composante industrielle et exportatrice, a figuré parmi les marchés les plus fermes, tandis que la France est demeurée pénalisée par son contexte politique intérieur et par le poids du luxe dans sa cote.
Aux États-Unis, la tendance est restée portée par les grandes valeurs technologiques et la thématique de l’intelligence artificielle. La performance de l’indice large demeure concentrée sur un nombre limité de titres. En Asie, la Corée du Sud et Taïwan, positionnés sur la chaîne des semi-conducteurs, sont restés corrélés au cycle technologique américain.
Sur les taux, la hausse des taux directeurs s’est accompagnée d’une tension sur les rendements souverains, le marché intégrant la persistance de l’inflation et la possibilité de nouvelles hausses. Le portage obligataire s’est amélioré, avec une sensibilité qui reste élevée aux publications d’inflation et aux développements géopolitiques.
Sur les matières premières, le pétrole a connu une forte amplitude. Le Brent a dépassé 120 dollars le baril au plus fort des tensions, puis est repassé sous 72 dollars en fin de mois, à un plus bas depuis début mars, à mesure que le détroit d’Ormuz rouvrait. L’or évoluait autour de 4 180 dollars l’once en fin de période.
Sur les devises, l’euro a été soutenu par la hausse des taux de la BCE, la Réserve fédérale conservant une posture plus attentiste. En conclusion, juin marque un changement de régime monétaire en zone euro : une première hausse de taux depuis 2023, décidée dans un contexte d’inflation en hausse et de croissance faible. Le reflux des prix de l’énergie observé en fin de mois, s’il se confirme, atténuerait la pression sur les prix, mais la trajectoire reste dépendante de l’évolution du conflit et des cours de l’énergie.

