Un mois qui reste résilient
Le mois de mai a été marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et par la fermeté des prix de l’énergie qui en a découlé. Dans ce contexte, les marchés actions sont restés globalement résilients, soutenus par des résultats d’entreprises solides, en particulier dans la technologie.
Le fait structurant du mois demeure monétaire. La Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs inchangés : le taux de refinancement s’établit à 2,15 %, le taux de dépôt à 2,00 % et le prêt marginal à 2,40 %, des niveaux en vigueur depuis juin 2025. La dernière décision du Conseil des gouverneurs date du 30 avril 2026, la prochaine étant attendue le 30 juin. Ce statu quo s’inscrit dans la durée et traduit la volonté de l’institution de maintenir sa vigilance tant que le choc énergétique n’a pas produit l’ensemble de ses effets. Les projections officielles précisent le cadre : l’inflation totale de la zone euro est attendue en moyenne à 2,6 % en 2026, puis à 2,0 % en 2027 et 2,1 % en 2028, une trajectoire révisée à la hausse pour 2026 en raison de prix de l’énergie plus élevés liés à la guerre au Moyen-Orient.
La cible des 2 % reste l’horizon de moyen terme, mais le chemin pour l’atteindre se trouve allongé par la composante énergétique. La BCE l’a rappelé : elle suivra une approche dépendante des données, réunion par réunion, sans s’engager à l’avance sur une trajectoire de taux. Pour l’investisseur, cela se traduit par un coût du capital qui se stabilise sans refluer, et par une prime accordée aux entreprises capables de générer de la croissance sans dépendre d’un assouplissement monétaire.
L’Europe a tenu son rang. Les indices du continent ont conservé l’essentiel des gains accumulés depuis le début de l’année, dans un marché nerveux mais préservé de toute rupture. La dispersion entre les places est restée marquée. L’Allemagne, portée par sa composante industrielle et exportatrice, a figuré parmi les marchés les plus dynamiques. La France est demeurée pénalisée par un contexte politique intérieur incertain et par le poids du luxe dans sa cote, secteur sensible au ralentissement de la demande haut de gamme comme aux tensions commerciales mondiales. Les valeurs liées aux matières premières et aux métaux ont, à l’inverse, profité de la fermeté des cours, soutenant les segments de style « value » de la cote européenne.
Aux États-Unis, la dynamique est restée largement gouvernée par la thématique de l’intelligence artificielle. La saison de résultats du premier trimestre a confirmé la poursuite du cycle d’investissement des grands acteurs technologiques, dont la demande continue de dépasser l’offre. Ce moteur reste puissant, mais sa concentration sur un petit nombre de valeurs invite à la prudence sur les niveaux de valorisation, la performance de l’indice large demeurant tributaire d’une poignée de titres. En Asie, la Corée du Sud et Taïwan, maillons essentiels de la chaîne des semi-conducteurs, prolongent ce leadership technologique et restent étroitement corrélés au cycle américain.
Sur les taux, le contraste a été notable entre la stabilité affichée des banques centrales et la nervosité des marchés obligataires. Le maintien des taux directeurs n’a pas empêché une tension sur les rendements souverains de long terme, sous l’effet de la prime de risque géopolitique. Le segment obligataire offre un portage redevenu attractif, mais sa sensibilité aux chocs externes reste élevée, et la duration se gère avec discernement.
Les matières premières ont constitué le théâtre principal du mois. La fermeté du pétrole, alimentée par les tensions au Moyen-Orient, a nourri les anticipations d’inflation et compliqué l’arbitrage des banques centrales. Les métaux, précieux comme industriels, ont conservé une orientation soutenue, à la croisée de la valeur refuge et d’une demande structurelle liée à la transition énergétique.
Du côté des devises, l’euro est resté ferme face à un dollar pénalisé par l’anticipation d’un assouplissement de la Réserve fédérale.
En conclusion, mai confirme un régime de marché caractérisé par une croissance bénéficiaire réelle, particulièrement dans la technologie, qui amortit des chocs géopolitiques sévères, dans un environnement monétaire stable mais privé de soutien supplémentaire.

