Edito

La fièvre obligataire passe au premier plan

Le mois de septembre a été marqué par un resserrement monétaire synchronisé des principales banques centrales, sur fond de nouvelle hausse des prix de l’énergie liée aux tensions au Moyen-Orient. Ce double mouvement s’est d’abord traduit par une forte remontée des rendements obligataires, avant de se transmettre aux marchés actions, où les performances ont été largement déterminées par la sensibilité de chaque secteur à la hausse des taux d’intérêt. Sur l’ensemble du mois, seules les matières premières et les liquidités ont dégagé une performance positive.

Aux États-Unis, la solidité du marché de l’emploi et une inflation sous-jacente supérieure aux attentes ont conduit la Réserve fédérale à relever ses taux directeurs pour la première fois depuis 2023. Si la banque centrale a présenté cette décision comme un retrait progressif de l’accommodation monétaire, les marchés y ont vu l’amorce d’un cycle plutôt qu’un ajustement ponctuel. Les rendements à long terme ont ainsi poursuivi leur progression jusqu’à leurs plus hauts niveaux depuis près de vingt ans. Leur étroite corrélation avec le prix du pétrole souligne que le risque inflationniste lié à l’énergie est devenu le principal déterminant des anticipations monétaires.

En zone euro, l’activité a fait preuve d’une résistance notable, avec une accélération de la croissance en septembre, mais cette dynamique d’ensemble masque des divergences croissantes entre États membres. L’Allemagne bénéficie de la reprise de l’investissement, l’Espagne conserve une croissance soutenue, tandis que la France demeure à l’arrêt, dans un cadre budgétaire particulièrement contraint. L’inflation a parallèlement accéléré sous l’effet de l’énergie, même si sa composante sous-jacente reste plus contenue.

Ces divergences se sont reflétées sur les marchés obligataires. Le relèvement des taux de la BCE, le deuxième depuis le début du conflit, a ravivé les anticipations de nouveaux resserrements, et le rendement du Bund a atteint son plus haut niveau depuis la crise financière. Le niveau élevé des taux longs se diffuse à l’ensemble des marchés, sans que l’Europe bénéficie d’un rythme de croissance comparable. La France concentre ces fragilités : la faiblesse de sa croissance complique la stabilisation des finances publiques, alors même que le coût de refinancement de sa dette progresse fortement. L’écart de rendement avec l’Allemagne a atteint ses plus hauts niveaux depuis la crise des dettes souveraines, et la dette française se traite désormais au-dessus de celles de l’Italie et de la Grèce, environ 1,5% plus cher à 10 ans que le taux allemand.

Sur les marchés actions américains, la relative stabilité des indices recouvre une forte dispersion. Le secteur technologique, soutenu par la dynamique des investissements dans l’intelligence artificielle et par des publications de résultats supérieures aux attentes, a été le seul à progresser. Les secteurs les plus exposés aux taux et au prix de l’énergie, notamment les valeurs financières, les matériaux et l’immobilier coté, ont en revanche nettement reculé.

En Europe, la moindre pondération technologique a privé les indices de ce soutien. La hausse des taux a pénalisé en priorité les valeurs aux multiples de valorisation élevés ainsi que les secteurs à forte sensibilité aux taux, en particulier l’immobilier et les services aux collectivités par la taille de leur bilan. Le marché français a été doublement affecté, par la hausse généralisée des rendements et par la prime de risque attachée à la dette souveraine. À l’inverse, les valeurs financières bénéficient structurellement d’un environnement de taux plus élevés, même si les établissements français restent exposés à la tension sur le souverain, et les sociétés en mesure de délivrer une croissance bénéficiaire supérieure à la hausse du coût du capital ont fait preuve d’une meilleure résilience.

Le marché européen devient ainsi plus sélectif et davantage guidé par les fondamentaux. La détente des taux, qui a longtemps soutenu les valorisations, ne peut plus être considérée comme acquise ; la capacité des entreprises à générer de la croissance, à préserver leurs marges et à s’appuyer sur des bilans solides redevient un critère déterminant.

Sur les marchés de change, le dollar s’est nettement apprécié face à l’euro, porté par le différentiel de croissance et de taux, ce qui a partiellement compensé, pour un investisseur européen, le repli des actifs libellés en dollar. L’or a pour sa part reculé, pénalisé par la remontée des taux réels. Au Japon, le relèvement du taux directeur s’est accompagné d’un repli du yen, les marchés ayant retenu la prudence de la banque centrale quant à la poursuite du cycle.

Pour conclure, le message des marchés a été sans ambiguïté : le risque obligataire est revenu au premier plan et constitue désormais un facteur central de lecture des rotations sectorielles sur les actions. Cette configuration plaide pour une gestion sélective, attentive aux valorisations ainsi qu’à la sensibilité aux taux et à la dynamique bénéficiaire des entreprises.