Les marchés européens face au test géopolitique
Après un mois de février porteur pour les actions européennes, les premiers jours de mars ont marqué un repli significatif, sous l’effet conjugué de l’escalade militaire au Moyen-Orient et du retour des tensions commerciales transatlantiques.
Depuis le 1er janvier, le Stoxx 600 affiche une progression de 1,61 % et le S&P 500 de 0,47 %, mais la volatilité s’est nettement accrue depuis la fin février.
Le 28 février, une nouvelle phase de tensions majeures s’est ouverte avec la reprise des hostilités militaires entre l’axe États-Unis/Israël et l’Iran, dans le cadre d’une offensive baptisée « Operation Epic Fury ». La réaction des marchés a été immédiate et d’une ampleur significative. Sur la semaine du 2 au 6 mars, le Stoxx 600 a cédé 5,6 % et l’EuroStoxx 50 a reculé de 6,8 %, signant leurs plus fortes baisses hebdomadaires depuis avril dernier. Ce mouvement est généralisé à tous les secteurs, y compris la défense, pourtant portée par la thématique de réarmement depuis plusieurs semaines. Les craintes sont celles d’un choc d’inflation et d’un choc budgétaire, liés à la flambée des prix de l’énergie.
Par le détroit d’Ormuz transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole et une part équivalente du GNL et l’annonce de son contrôle par l’Iran a figé le trafic.
La production des trois principaux champs pétroliers irakiens du sud a chuté de 70 %, à 1,3 million de barils par jour contre 4,3 millions avant le conflit, tandis que le Koweït et les Émirats arabes unis ont engagé des réductions de précaution. À la date du 9 mars, le Brent et le WTI se négocient tous deux au-dessus de 110 dollars le baril, soit une hausse de plus de 55 % sur un mois. Pis encore, le gaz a vu son cours exploser, pénalisant essentiellement l’Europe structurellement dépendante aux approvisionnements énergétiques de la région.
Deux scénarios peuvent être envisagés : une désescalade rapide qui permettrait une détente des cours du brut et un retour de l’appétit pour le risque, ou un enlisement du conflit qui maintiendrait une prime de risque élevée sur l’énergie et pèserait sur les perspectives de croissance européenne et d’inflation.
La Cour suprême américaine a annulé les surtaxes dites « réciproques » mises en place par l’administration Trump, permettant aux entreprises pénalisées d’envisager des poursuites pour obtenir leur remboursement. Mais Trump a aussitôt annoncé de nouveaux droits mondiaux de 10 %, portés à 15 %, en s’appuyant sur d’autres bases légales. La réaction quasi nulle sur les taux souverains américains reflète la quasi-certitude du marché que les droits, quelle que soit leur forme, ne disparaitront pas.
La flambée de l’énergie complique par ailleurs la lecture des banques centrales. La Fed aborde 2026 dans une position inconfortable, avec une inflation plus tenace qu’espéré, un marché du travail robuste malgré les signes de ralentissement, et des chocs géopolitiques qui compliquent davantage la stratégie. En zone euro, la BCE maintient un biais accommodant, mais la matérialisation des deux baisses de taux attendues en 2026 est désormais conditionnée à la stabilisation des prix de l’énergie et à la confirmation du recul de l’inflation sousjacente.
Le début du mois de mars aura rappelé que la performance européenne du début d’année reste sensible aux chocs exogènes. Les fondamentaux favorables européens, de relance budgétaire allemande, de révisions bénéficiaires positives et de valorisations significativement inférieures à celles des marchés américains, demeurent intacts dans le cadre d’une résolution rapide des tensions énergétiques. La résolution du conflit au Moyen-Orient constituera évidemment le déterminant des marchés dans les semaines à venir.

