Edito

Un choc qui a reconfiguré les marchés

Mars 2026 aura été dominé par un seul facteur : le conflit militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenché le 28 février, et ses répercussions directes sur les marchés de l’énergie, les taux souverains et les indices actions. Sur l’ensemble du mois, le Stoxx 600 et le CAC 40 ont effacé la quasi-totalité des gains accumulés depuis le début de l’année. Le S&P 500 a enregistré sa plus mauvaise performance trimestrielle depuis 2022.

La première semaine de mars a concentré l’essentiel des pertes sur les actions européennes, le Stoxx 600 et l’EuroStoxx 50 ayant signé leurs plus fortes baisses hebdomadaires depuis avril 2025. Le mouvement a été généralisé, sans épargner les valeurs de défense, pénalisées par les craintes qu’un choc énergétique prolongé contraigne les États à arbitrer leurs dépenses budgétaires. La deuxième quinzaine du mois a été marquée par une forte volatilité, les marchés ayant réagi à chaque évolution du conflit. Des informations évoquant des pourparlers indirects entre Washington et Téhéran ont provoqué un rebond en fin de mois et un repli des cours du pétrole de plus de 5 %. Ces rebonds n’ont toutefois pas suffi à compenser les pertes accumulées depuis le début du mois.

Sur le marché de l’énergie, le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole et une part équivalente du GNL, est resté quasi-fermé depuis le 28 février. Le trafic de pétroliers y est passé de 51 navires par jour fin février à 3 le 13 mars. La production des principaux champs pétroliers irakiens du sud a chuté de 70 %, tandis que le Koweït et les Émirats arabes unis ont engagé des réductions de précaution. Le Brent a franchi la barre des 100 dollars le 8 mars pour la première fois depuis quatre ans, atteint un pic à 126 dollars en cours de mois, avant de refluer autour de 99 dollars fin mars sur les espoirs de cessez-le-feu. Sur l’ensemble du mois, le Brent a enregistré une hausse de plus de 60 %. L’Agence Internationale de l’Énergie a annoncé la libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques, mais cette mesure n’a couvert qu’environ 3 millions de barils par jour sur les 15 millions retirés du marché par le blocage du détroit.

Le marché obligataire a enregistré un mouvement de réévaluation sur l’ensemble du mois. Le rendement du Bund allemand à 10 ans est passé de 2,65 % à 3,12 % le 27 mars, son niveau le plus élevé depuis quinze ans. En France, le rendement de l’OAT à 10 ans a franchi 3,83 %, son plus haut depuis 2011, portant le spread OATBund à 74 points de base. En Italie, le BTP à 10 ans a dépassé 3,9 %. Sur chacun de ces marchés, les rendements à 2 ans ont progressé plus vite que ceux à 10 ans, un aplatissement baissier de la courbe traduisant l’intégration par les marchés d’un risque inflationniste à court terme couplé à un risque de freinage économique à moyen terme.

Les anticipations de politique monétaire se sont intégralement retournées au cours du mois. En zone euro, les marchés ont intégré au moins deux hausses de taux de la BCE en 2026, contre des baisses attendues en début d’année. Le PMI composite de la zone euro a reculé à 50,5 en mars, son plus bas niveau depuis dix mois, tandis que les coûts des entreprises ont progressé au rythme le plus rapide depuis trois ans. La BCE a maintenu ses taux inchangés à 2 % lors de sa réunion du 19 mars, mais la présidente Christine Lagarde a indiqué que l’institution était désormais bien équipée pour faire face à un choc majeur. Aux États-Unis, le dot plot de la Fed n’a plus projeté qu’une seule baisse de taux en 2026, tandis que les marchés ont affiché une probabilité supérieure à 50 % d’une hausse dès le deuxième trimestre. Le dollar s’est apprécié face à l’euro sur l’ensemble du mois, bénéficiant de la demande liée aux achats de pétrole libellés en dollars.

Sur le plan tarifaire, après l’annulation par la Cour suprême des droits de douane fondés sur l’IEEPA, l’administration Trump a introduit de nouveaux droits de 10 à 15 % au titre de la Section 122 du Trade Act, maintenant un niveau d’incertitude élevé pour les entreprises exposées aux échanges transatlantiques.

En définitive, mars 2026 a mis à l’épreuve les équilibres construits depuis le début de l’année. La résolution du conflit au Moyen-Orient et l’évolution de l’inflation sous-jacente en zone euro constituent les deux variables clés pour la trajectoire des marchés au deuxième trimestre. Les fondamentaux européens de long terme, relance budgétaire allemande, révisions bénéficiaires positives et valorisations inférieures à celles des marchés américains, sont demeurés intacts, mais leur matérialisation reste conditionnée à une normalisation de l’environnement énergétique et géopolitique.